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jeudi 23 janvier 2014

Jour de fête à Bokaro au Jharkhand


Mardi 21 janvier 2014
Jour de fête
21 janvier 2012 : les tribaux de ces villages ont gagné la bataille contre le gouvernement, et leurs terres, leur forêt, leur colline où se trouve le cimetière des ancêtres et leur lieu de dévotion et de prières pour célébrer la nature vont enfin leur appartenir, avec de vrais titres de propriété ! Et pour fêter ça le 21 janvier 2014, nous sommes avec eux, au bas de cette « sainte » colline que nous ne gravirons pas car il faut le faire pieds nus et nos pauvres pieds d’occidentales embourgeoisées ne résisteraient pas aux pierres du chemin !
Mais une grande réunion avec des responsables de dix-sept villages se fait en marge de ce festival en même temps que se montent derrière nous les échafaudages, que flottent les banderoles, que cuisent les gâteaux et que s’installent les manèges pour enfants.
des kilos de gâteaux délicieux attendent les familles...
Ils nous expliquent tout, leur lutte, comment cela a commencé il y a cinq ans quand les premiers travailleurs sociaux d’Ekta Parishad sont venus leur parler de Bilsamunda, un grand leader pour les droits des peuples tribaux. Ils leur ont expliqué que malgré l’incessante pression des sociétés minières qui veulent agrandir leur terrain d’exploitation, ils étaient en droit de demander à rester sur leurs terres ancestrales, qu’il y avait une loi depuis 2008 sur le droit à la forêt, à la suite de la grande marche de Janadesh 2007. Qu’il y avait des procédures à faire et qu’en un peu plus de trois mois, ils pourraient obtenir leurs papiers. Il a fallu bien sûr une certaine prise de conscience de leur force collective, qu’ensemble ils pourraient garder ce qui leur tenait le plus à cœur, même si deux de leurs leaders de villages étaient considérés comme « naxalites » par le gouvernement local et mis en prison pendant sept mois. Libérés sous caution, après trois ans leur cas n’est toujours pas jugé. Mais cela ne les empêche pas de continuer la lutte non-violente, d’être là sur le terrain et de nous expliquer à nous et tous ceux autour leur quotidien d’opposition aux grosses sociétés industrielles. Version indienne de David et Goliath.
le plan du village est étalé par terre pour nous expliquer la situation
Ils ont appris à travailler sur un plan, à dessiner les limites de leur village, à voir ce qui était sur le papier les forêts, les prairies où se trouvent leurs plantes médicinales, leur lieu de chasse et leur coin à champignons. Ils ont fait leur demande à l’administration pour avoir la propriété collective au niveau du village de 460 hectares pour leur permettre de continuer à vivre « au pays ». Version indienne de « Volem viure al pais ».

Ils ont également appris qu’ils avaient le droit d’obtenir une carte de crédit spéciale « fermiers » qui pouvait leur octroyer de 15 à 40 000 roupies pour les aider dans les achats de semences et de matériels pour leur exploitation agricole. Trois cents fermiers ont donc décidé de faire une marche non-violente jusque devant le « District Collector » ( genre Contrôleur des impôts de la région) qui auraient dû leur donner leurs cartes il y a bien longtemps et qui s’était bien gardé de le faire, car les trafics de cartes pour obtenir ces sommes d’argent sont courants… Le District Collector n’a pas résisté devant la pression et les cartes ont été données sans restriction.

Cela tiendrait du miracle, il faudrait donc simplement demander et on obtient ? Quand c’est juste, qu’il y a la connaissance de ses droits, une vraie détermination et une lutte non-violente continue au niveau national, cela se fait, c’est tout. Et heureusement que même dans un pays aussi corrompu que l’Inde, il existe encore des lieux où le droit est respecté grâce à la force du collectif et la solidarité. Version indienne de « Gardarem lou Larzac ».

Nous partons ensuite, bien encadrées et protégées par une quinzaine de personnes en moto sur des petites pistes poussiéreuses, avec notre 4x4 à travers les collines pour aller voir les mines de charbon.
Arrivées sur une sorte de plateau nous voyons émerger de grandes panières remplies d’énormes blocs de charbon posées sur des têtes de jeunes filles ou femmes. Toute une farandole de saris qui prennent peur et partent en s’égayant quand la personne qui nous accompagne sort de la voiture et leur crie quelque chose qui les tranquillise visiblement.
Ce sont des femmes tribales qui ramassent du charbon pour le revendre illégalement mais cela leur permet de survivre. Une roupie du kilo… il faut qu’elles fassent dix trajets à travers la campagne avec des corbeilles de 40 kg sur la tête pour gagner cinq euros dans la journée, de quoi survivre. Charbon qui sera revendu dix fois plus cher par leur exploiteur qui se fait une fortune non seulement sur leur dos, mais sur leurs vertèbres cervicales, sur leurs hanches, sur leurs pieds. Pas un seul jeune homme et je pose la question. Ce n’est qu’une affaire de femmes car la police ne peut pas les mettre en prison. Les hommes, si.

les plus jeunes sont mises aussi à contribution et là, ça fait encore plus
mal au coeur quand on voit ces bouts de chou avec ces charges gigantesques
Plus loin encore nous arrivons à une exploitation minière. Vaste trou, longue rangée de camions attendant leur chargement, poussière noire. Tout cela était une belle forêt auparavant avec un village, maisons rasées, habitants déplacés, quelques-uns uns sont quand même restés au milieu des ruines, subissant les pollutions sonores, les tirs de mines, la poussière qui s’infiltre partout, mais où aller ? 


« Faire du tourisme » en Inde, on pense palais de maharadjah, forteresses rajpoutes, Taj Mahal et beaux jardins. Mais il existe aussi des maisons de briques au toit percé, des huttes où des femmes avec quelques haillons sur le dos tressent des cordes avec des liens de plastique récupérés des sacs de ciment, des hommes aux jambes noueuses et maigres qui vont dans la forêt avec leur arc et leur flèche tirer sur des bestioles qu’ils vendront au marché pour assurer une assiette de riz à leurs enfants, d’autres qui font 90 km sur leur vélo chargé de 500 kg de charbon pour le vendre le long de la route entre Hazaribagh et Ranchi.
C’est une autre pauvreté que celle qui s’affiche sur les lieux touristiques. C’est une vie de misère, sans espoir, où aujourd’hui est semblable à hier et sera pareille que demain et où le futur est un mot inconnu.

Mais nous avons vu des équipes de femmes et d’hommes motivés par le désir de faire triompher la justice, de faire respecter les lois à tout prix, de porter à la connaissance de tout un petit peuple de ce que l’Inde peut avoir de grand, de juste, pour aider les plus défavorisés. Faire reconnaître ses droits, celui d’avoir un toit sur sa tête, celui d’avoir un petit bout de terrain pour nourrir sa famille, celui d’aller dans la forêt pour y trouver sa subsistance.
L’Inde bouge. Pas seulement celles des ordinateurs, des centrales nucléaires et des téléphones portables. Pas seulement celle où règnent la corruption, la mafia et les trafiquants. Mais celle des petits villages où vit 70  % de la population. Pas de partout, ne rêvons pas, et ce sont des pas de fourmis. Mais j’ose y voir un espoir, une lumière pour toute une jeune génération. Aidons-les, cela nous aidera aussi à grandir avec plus de foi, plus de générosité, plus d’espoir et plus de fraternité. 



jeudi 21 mars 2013

Bokaro : les mines de charbon


Bokaro, les mines illégales
Aujourd’hui nous partons faire encore bien des kilomètres en voiture pour aller dans la région de Bokaro à la rencontre des mineurs. Mais pas n’importe lesquels. Ils font partie des peuples tribaux du Jharkhand, ils voient tous les jours les énormes machines dévorer leurs terres, dévaster leurs forêts, polluer leur eau. Ils se battent, mais avec le principe de la non-violence chère à Gandhi et demandent sans cesse au gouvernement de leur donner une terre pour avoir de quoi vivre et nourrir leur famille. Ils travaillent dans les entrailles de cette terre, tous les jours, sans relâche, par équipe de dix, à tailler dans la colline pour extraire du charbon. Leurs mines font des centaines de mètres, jusqu’à un kilomètre de profondeur, et ils étayent du mieux qu’ils peuvent mais parfois, ils ont peur que tout s’écroule. Cela arrive de temps en temps et fait des morts. Ils veulent la reconnaissance légale de leur travail. Ils veulent pouvoir travailler sans le harcèlement de la police ou de la mafia qui travaillent main dans la main. Ils aimeraient vendre leur production à un juste prix. Pendant la journée, à dix, ils extraient quatre tonnes de charbon, qu’un tracteur vient charger pour deux mille roupies (30 euros), soit deux cents roupies (3 euros) par jour de travail.
Si ce travail était légalisé, ils pourraient se constituer en coopératives et vendre alors ce charbon au prix officiel du marché de huit mille roupies la tonne soit trente deux mille roupies par jour (480 euros). Mais le gouvernement, en collusion avec les sociétés minières, refusent de légaliser leur travail.
Nous partons à leur rencontre après quelques kilomètres de chemins défoncés dans la forêt, en voiture puis nous sommes obligés d’aller à pied. Quelqu’un qui les connaît bien nous a devancés en moto pour les avertir de notre venue afin qu’ils ne croient pas que ce soit la police qui arrive.
Pour augmenter la tension, la forêt brûle un peu partout, ils font du nettoyage et les feuilles sèches crépitent sous la chaleur des flammes. Certaines prennent un peu peur et veulent rebrousser chemin. Mais les arbres ne brûlent pas et même si paradoxalement on ne voit personne pour surveiller ces feux, ils seront éteints lors de notre retour.
le chemin de tous les risques ?
c'est impressionnant de voir le feu qui avance et nous entoure
Au bout d’un certain temps, nous arrivons aux entrées des mines qui s’échelonnent tout au long du chemin comme des entrées de trous de marmottes. Nous nous glissons dans une des entrées, toute fraîche, il fait très noir, nous ne distinguons que de toutes petites taches de lumière éparpillées autour de nous, telles des lucioles qui papillonnent. Ce sont les toutes petites torches des mineurs qu’ils accrochent au niveau de l’oreille en les coinçant dans leur turban.
une entrée de mine
l'aventure ?
Nos yeux s’habituent progressivement et ils nous montrent comment ils travaillent, leur installation, les galeries. Comment ils fuient au fond des galeries quand la police arrive, car elle n’ose pas s’aventurer très loin dans ces labyrinthes obscurs.
l'intérieur de la mine qui s'enfonce ici sur un km et le plafond étayé
le charbon affleure partout mais il faut quand même taper fort
Puis nous sortons tous à l’air libre et Ram, le travailleur social qui nous accompagne, en profite pour faire un meeting et leur expliquer qu’il faut revendiquer la légalité pour leur travail, pour pouvoir manger à leur faim, pour ne plus perdre leurs terres, pour obtenir de l’eau potable. Dans cette région, déjà plus de six millions de personnes ont été déplacées à cause des mines et deux millions le seront encore dans les prochaines années si les revendications ne se font pas plus tenaces pour obliger le gouvernement à arrêter de concéder des territoires aux entreprises minières, si personne ne vient les aider et les soutenir dans ces demandes justifiées.
meeting pour information sur les droits
petit à petit les mineurs sortent des trous et viennent écouter.
Puis nous repartons voir une mine à ciel ouvert tout prêt d’ici et qui est exploité depuis une quarantaine d’années. Les couches de charbon sont en strates horizontales et il est facile d’en extraire le minerai en creusant de plus en plus la colline. La noria des camions, les machines à extraire, tout est mécanisé et ces mines n'offrent pas d’emplois aux habitants des environs qui se voient petit à petit obligés de quitter les lieux, souvent quasiment sans dédommagement car ils sont trop pauvres et illettrés.

mine à ciel ouvert, avant c'était la forêt... là-haut !
Nous imaginons avec un peu de difficulté quand même le paysage de forêts et les villages tribaux quarante ans auparavant… Et encore, là c’est une petite mine… (voir sur mon blog les articles sur d’autres lieux dans la même région).
Nous terminons la journée en allant voir la centrale thermique. L’eau noire pleine de poussière de charbon est rejetée dans des bassins de décantation.
eau rejetée dans le bassin
Le bassin rempli de ces impuretés est asséché et les camions viennent le vider pour aller de nouveau remplir les excavations où l’extraction a été terminée. Nouvelle noria de camions.
un des bassins de décantation en train d'être vidé
paysage urbain et noir... la centrale thermique.
Nous terminons notre journée pleines de poussière des pieds à la tête, l’âme bien triste, les poumons dans le brouillard, en se demandant où va le monde.

mardi 15 novembre 2011

Les mines, menaces pour les peuples tribaux


Mardi 15 novembre 2011
 Hazaribagh – visite de la mine de Tapin
Les mines de charbon sont très nombreuses dans cet état, une soixantaine, toutes à ciel ouvert car les couches sont proches de la surface et à l’horizontale.
Le charbon est emmené à travers toute l’Inde vers les centrales thermiques qui sont les principales fournisseurs d’électricité. L’Inde possède deux centrales nucléaires et une troisième est en construction vers Bombay.
On trouve différentes sortes de minerai : charbon, bauxite, mica, uranium ; celle que l’on va visiter à Pérap Tapin est une mine de charbon à ciel ouvert appartenant au gouvernement indien. Nous pouvons pénétrer sans problème alors que normalement, nous devrions avoir un permis mais la loi n’est guère respectée ! Cela nous permet d'appréhender plus facilement ces questions des mines qui font la richesse de l'état mais la misère des peuples tribaux qui habitent là. Car ils ont dû être expropriés de leurs terres...
la mine s'étend ici sur 250 hectares qui étaient auparavant des forêts et des champs
Dès l’arrivée, nous constatons l’étendue du désastre : un immense bassin devenu plan d’eau après l’exploitation et autour, des engins qui s’affairent à creuser, à vider dans des camions qui font des allers et retours (avant notre arrivée, nous en avions vu un nombre important, alignés, en attente de chargement à destination des centrales thermiques et des aciéries. Tout est noir.
les excavations précédentes qui forment un lac, n'ont pas été remblayées
Sur un tas, quelques femmes en saris colorés peinent en remplissant des corbeilles ; quelques jeunes filles arrivent aussi, les pieds seulement chaussés de tongs ; pas de chaussures de sécurité pour ces femmes. De toute façon, qui peut bien s'occuper de sécurité quand il faut d'abord pouvoir manger à sa faim ? Près de ce passage noir de boue ou de poussière, un petit carré d’or, du riz prêt à être récolté, essaie de survivre mais pour combien de temps ?
Très proches en arrière-plan, les petites baraques des paysans repoussées de leurs terres à mesure que les camions se remplissent ; là encore, illégalité : les explosifs (l’après midi, 3 à 4 fois par semaine) ne devraient pas se faire à moins de 2 km des habitations (visiblement beaucoup plus proches). Cette mine est exploitée depuis 1992 ; et elle en a encore pour 20 ans, peut-être plus en fonction des filons trouvés au fur et à mesure de l'exploitation. 
les gravats de l'extraction sont là au bord du champ... et bientôt ? plus de champ ?
 Cela signifie que la femme qui aujourd’hui ramasse le riz à quelques dizaines de mètres de nous dans sa jolie rizière, sera probablement déportée ailleurs et sans moyen de subsistance.
Le gouvernement a sorti une loi comme quoi, les tribus spoliées de leurs terres ont le droit de demander un loyer à ces sociétés pour subsister ; le problème, c’est qu’elles ne sont pas assez puissantes pour se défendre ; on leur a promis aussi que les mines seraient remblayées en terre mais ce ne sont que des paroles pour l'instant. Le chef de chantier nous a certifié qu'en tant que mine gouvernementale, elle serait remblayée avec la terre qui a été sortie, mais cela demande du temps ; on veut bien le croire.

Quelques chiffres pour cette mine :
  • 253 hectares de superficie
  • 3000 tonnes de charbon sont extraites chaque jour en ce moment, deux millions et demi de tonnes par an,
  • 565 ouvriers qui font les 3 x 8 heures et travaillent la nuit à la lueur des phares, ils habitent sur place dans des logements construits par la mine,
  • 30 cadres et 145 superviseurs, les autres étant les mineurs et chauffeurs des véhicules. 
Un autre aspect qui découle de ces mines nous a beaucoup touchés : vers les parties de mines en fin d’exploitation, les gens ont le droit de ramasser les résidus. Plusieurs kilomètres avant d’arriver, au bord de la route poussiéreuse et pleine de dangers dus à la circulation, des hommes avançaient à pieds en poussant leurs vélos chargés de part et d’autre de sacs énormes de charbon. (on a eu le chiffre de plus de 500 kg par vélo) qu’ils allaient vendre à la ville distante d’environ 70 km, des hommes en tongs, maigres, le visage noir, luisant de sueur, harassés, ployés en avant sur leur engin dans les côtes pour pouvoir avancer ; des allers et venues jour après jour de la mine à la ville , une vie de forçats. 
Quel avenir pour ces tribus dont les moyens de subsistance sont de plus en plus réduits et qui sont oubliées par le gouvernement, incapable de faire appliquer les lois, car miné par la corruption – les associations doivent avoir une foi chevillée au corps pour ne pas être découragées
 

Grand remerciement à Alain et Marie pour leur compte-rendu !
(avec quelques ajouts personnels)

lundi 14 novembre 2011

De Gumla à Hazaribagh

Avant de quitter Gumla et notre « guest house » située dans le parc du collège Saint Ignace, tenue de main de maître par les Jésuites (dès leur arrivée  nous voyons les élèves en rang et en uniforme effectuer des mouvements de gymnastique afin de les mettre en condition avant la rentrée dans les classes) nous discutons un moment avec le père de Brouwer d’origine belge et depuis plus de 20 ans dans la région. Il a l’esprit très ouvert –au delà des questions religieuses - et il nous explique que le but à atteindre dans l’aide aux peuples tribaux est de les amener à ce que les changements et les décisions viennent d’eux-mêmes et non de l’aide extérieure.
Selon lui la situation dans la région s’améliore petit à petit et les cultivateurs ne meurent plus de faim. C’est son opinion mais nous rencontrerons par la suite des travailleurs sociaux qui ne sont pas de cet avis ! Qui croire ?
Nous faisons ensuite une visite, hélas trop rapide, d’un très beau musée des peuples tribaux situé dans le parc du collège réalisé par un autre père jésuite avec des fonds hollandais.
Notre guest-house et le monument à la gloire des peuples tribaux
devant l'entrée du musée

Le père jésuite créateur du musée, toujours présent
et qui a accomplit un travail immense de collecte
pour ce splendide musée
Les peuples tribaux, qui peu à peu sont rejetés de leur propre contrée.
La grande fresque en mosaïques du mur d'entrée du musée

Des peintures sur les murs retraçant la vie quotidienne ; des maquettes, des outils etc.… le tout très intéressant mais il nous manque du temps et des commentaires.
un exemple de village tribal Khuntkatti
un autre type de village tribal
scène de chasse typique comme on a pu en voir une démonstration
dans un des villages

Au dernier étage une superbe exposition de peintures d’artistes aborigènes contemporains de tendance très moderne et qui ne dénoterait pas dans une expo branchée à Paris !
Les peintures tribales traditionnelles Khobar et Sohrai
comme celle ci-dessous qui racontent la faune et la flore
scène de la vie quotidienne : le retour des champs
le ramassage du bois pour faire la cuisine
Une partie de la grande fresque du dernier étage
où se mêlent travaux des champs et des mines

Sur la route de Gumla, de passage à Ranchi nous nous arrêtons pour rencontrer des représentants d’une organisation qui œuvre pour le développement des terres sous exploitées ou dévastées (SPWL society for promotion of wasted land). C’est une association indienne répartie sur 13 états (dont le Jharkhand) et financée par des fonds philanthropiques indiens et européens (Hollande, Allemagne, Suisse, Suède…) versés pour des projets bien définis.
Ils travaillent également avec d’autres associations (comme EKTA PARISHAD et Birendra qui nous a organisé ces rencontres si instructives) qui ont pour but de défendre les droits des peuples tribaux qui ont été expulsés de leurs terre par des industries ou des mines. La loi exige, qu’une fois l’exploitation abandonnée, les terres  de la mine soient réhabilitées mais ce n’est que rarement réalisé et c’est à ce genre de combat que ces organisations se consacrent. Nous aurons l’occasion demain de voir une mine de charbon  à ciel ouvert et de voir combien  les terrains ont été laissés tels quels.
Le SPWL s’attache aussi à la recherche de nouvelles semences (essentiellement de riz) et à la promotion chez les paysans du SRI (system of rice intensification) méthode de culture très prometteuse qui consiste à planter le riz en lignes moins serrées de manière à pouvoir y passer une petite charrue à main ce qui permet d’obtenir un bien meilleur rendement.
Nous quittons ces représentants du SPWD avec regret tant leur enthousiasme est grand et leurs projets intéressants.
En chemin, sur la grande route nous croisons de pauvres hères poussant péniblement leur vélo chargé d’énormes sac de charbon (4 à 500 kg) qu’ils emmènent au prix d’efforts qui nous semblent surhumains dans des villes situées parfois à 80 km (2 jours de marche). Lorsque les mines sont désaffectées ils ont la possibilité de récolter gratuitement le charbon de seconde qualité et d’aller le vendre pour leur compte là où on veut bien le leur acheter. Mais au prix de quels efforts !!!!



Nous terminons cette journée bien remplie par un énorme embouteillage sur la route mais notre chauffeur imperturbable, à coups de klaxon et de dépassements illicites, finit par nous amener sains et saufs à Hazaribagh.
Merci à Marie-Thérèse et Jacqueline pour leur compte-rendu de ce jour !

mercredi 23 mars 2011

Le droit à l'eau

Les femmes puisant de plus en plus profond pour un accès à une eau qui n'est plus potable.
La mare toute proche sert de salle de bains, pour la vaisselle et la lessive.
Cette après-midi nous partons dans un village de tribaux situé non loin d'une grande mine de charbon à ciel ouvert. Nous allons au puits où se trouvent les femmes en train de lancer leur seau au fond du puits pour en remonter une eau plus que trouble, avec de la terre car il n'y a pratiquement plus d'eau. Les femmes autour du puits nous expliquent les problèmes que leur pose le manque d'eau.

Les enfants attrapent la dysenterie et la thyphoide, les femmes viennent faire la queue à minuit après quelques heures de repos du puits pour que l'eau puisse remonter un peu.On distingue au fond l'exploitation minière

L'industrie minière est venue s'installer tout près du village en 1981 et les habitants qui possédaient un peu de terre ont vendu à un vil prix leur 3 acres de terre avec une promesse d'emploi dans la mine. Et c'est ainsi que 40 familles ont perdu leur terre contre un emploi mais ont perdu aussi la possibilité de cultiver, et d'avoir de l'eau. La mine est épuisée maintenant, les trous auraient du être comblés par du sable ou des cendres mais corruption oblige, cela n'a pas été fait et l'eau de pluie va se perdre de plus en plus profondément dans des nappes phréatiques de plus en plus basses donc difficiles à exploiter. Quelques hommes du village exploitent pour eux quelques filons de charbon restés exploitables et font des kilomètres avec leur vélo, chargés comme des mules, pour aller revendre le charbon aux villes proches. Cela leur prend deux jours pour faire le trajet et les livraisons et ils gagnent une roupie du kilo.Entre Ramgarh et Ranchi, sur la route qui monte de l'aide pour pousser le vélo et ses 400 kilos de charbon !
Même pas de quoi nourrir leur famille. Les femmes et les enfants viennent trier dans les tas de poussière pour récupérer des morceaux pour la cuisine.

Jharkhand : forêts, tribus et pollution

Me voici au Jharkahnd avec mes deux complices et notre équipe de travailleurs sociaux, bien occupés à organiser des manifestations, défilés, stages... et visites de villages tribaux pour nous faire toucher du doigt et prendre vraiment conscience des problèmes de droits à la terre, à l'eau...
Hier matin nous sommes accueillis dans un village de la tribu des Birhor, les gens se regroupent autour de notre lit en cordes pour nous parler de leur vie. Olivier qui parle hindi sait suivre les conversations, poser les questions, et la confiance se fait tout de suite. La guérisseuse du village vient nous montrer ses plantes enveloppées dans des bouts de chiffon, là c'est pour les calculs rénaux, cette racine pour la tension, etc.La guérisseuse du village et ses plantes.
Pas besoin de médecin, ils ont tout ce qu'il faut dans la forêt proche. Le seul inconvénient c'est que les mines de charbon à ciel ouvert ici, gagnent du terrain et avancent inexorablement vers la forêt les privant de leurs ressources.
La veille nous sommes allés visiter une immense mine de charbon possédée par le trust Tata. Accompagnés par "le voisin du cousin qui a son beau-frere qui travaille là", etc, nous voici dans la mine, au bord de ce trou immense, mais personne... ah ! oui c'est Holi ! tout le monde a pris des congés pour rejoindre sa famille et jouer aux couleurs... mais aussi, il va y avoir une explosion ? c'est aussi pour ca qu'il n'y a personne ? il ne faut pas rester là ?Il ne faut pas rester la ? "Explosive women" ! Photo Olivier C.
Mais nous avons vu sur des hectares, les trous, les dégats sur la nature, les routes, les arbres, les maisons, tout est recouvert d'une couche noire.Le village avec la mine en arrière-plan (photo perso)
Et la mine dévore les terrains en laissant derrière la désolation et des terres infertiles. Et il y a aussi la bauxite, le mica, le fer, le tungstène, l'uranium... Le Jharkhand est riche en mines de toutes sortes. Mais quels dégats collatéraux... La mine à ciel ouvert qui dévore les terres...
Photos de Michèle M.