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lundi 28 mars 2011

Toujours l'eau

A la pompe, presque plus d'eau déjà...

L'eau est vraiment un problème vital dans le monde entier et plus encore dans les petits villages tribaux que nous visitons qui ont vendu leurs terrains à des industries, quelles qu'elles soient. Aujourd'hui à Pugadu Kubatoli à une quinzaine de kilomètres de Ranchi la capitale de l'état, les habitants ont vendu il y a très longtemps déjà une bonne partie de leurs terres agricoles à des usines. A l'époque tout le monde était illettré et il a suffi de 2 ou 3 ans de sècheresse probablement pour que les agriculteurs d'alors cèdent leurs terres qui ne rapportaient plus rien en échange d'un travail à l'usine, immédiatement plus rémunérateur. Maintenant, dans ce village, il n'y a plus d'agriculteurs, les usines à proximité utilise l'eau qui pourrait servir à l'irrigation, mais maintenant les habitants gardent précieusement leurs titres de propriété.
Nous regardons les titres de propriété, enfin on en tient un, depuis le temps qu'on en parle !
Mais, plus de terres agricoles, il faut travailler à la ville ou dans les villages alentour et se louer à la journée. Ou travailler à l'usine pour 80 roupies (1,30 euro) par jour.
Quant à l'eau, il n'y en a plus guère au fond du puits et elle est inutilisable, la mare à côté qui sert comme de partout de salle de bains, pour faire la lessive et la vaisselle, ne peut se remplir que pendant la mousson avec la pluie. Pendant l'été c'est l'état qui est obligé de pourvoir aux besoins en eau de la population en envoyant des camions citernes.
Les gens du village sont sympathiques et nous expliquent leurs difficultés. Nous sommes expressément invités à visiter aussi leurs maisons, très propres. Le sol est en terre battue, les pièces sont sans fenêtre et il y a souvent une grande famille : les parents, les enfants, souvent mariés, les petits-enfants. Il y a parfois l'électricité quand ils peuvent payer la facture.
Une grand-mère nous offre un concombre, les jeunes enfants de l'école maternelle attendent leur déjeuner sagement assis dans leur petite salle de classe, les femmes viennent nous voir pour discuter, c'est la vie de village...
Photos Michèle M.

samedi 26 mars 2011

Comme un silencieux génocide ?

Hazaribag, Ramgarh, Ranchi, la route des mines...
L'Inde, 28 états, et quelques uns comportant des tribus dont pour le centre-est de l'Inde : l'Orissa, le Bihar, le Chattisgarh et le Jharkahand, ces 2 derniers états étant nouvellement créés à partir du Bihar en l'an 2000, suite à une demande spécifique des peuples tribaux.
Les peuples tribaux sont les premiers occupants de ces terres. Un mixage sociétal de peuples tribaux et non tribaux s'est produit au cours des siècles et on dénombre de nombreuses religions : animistes, jain, bouddhiste, hindouiste, musulmane, chrétienne en fonction des peuples qui s'y sont installés. Les peuples tribaux sont connus sous le nom de "Adivasis" le plus souvent utilisé (de "van vasi" le peuple de la forêt).
Le premier recensement des tribus a été fait en 1872 et on en a dénombré alors 18, regroupées en 5 classes en fonction de leur population. Actuellement on en dénombre 33 et elles représentent 27 % de la population du Jharkhand. Depuis des siècles, ces tribus sont socialement indépendantes, sont fières de leur culture et traditions et de leur mode de vie dans la nature qui les nourrit et les protège.
Alors, qu'est-ce qui vient troubler cette harmonie ? Ici au Jharkand tout a changé après le départ des Anglais dans les années 1950. On a découvert que ces tribus vivaient au-dessus de richesses considérables. Des mines de charbon, de bauxite, de cuivre, de nickel, de fer et même d'or et d'argent. 33 sortes de mines ont été dénombrées au Jharkhand, qui représentent 40 % des ressources minérales du pays. Et de grands trusts, soit gouvernementaux, soit privés se sont emparés des terres.
Des titres de propriété ? Quand on est illettré et qu'on occupe le sol depuis des siècles, qui s'en soucie ? Donc : déplacements massifs de population, rejets des tribus hors de leurs forêts afin de pouvoir creuser et exploiter ce sous-sol.
Les villages tribaux que nous visitons en ce mois de mars 2011 sont devenus pauvres parce qu'ils vivaient au-dessus de trésors, vite exploités par d'autres une fois trouvés. Et actuellement un organisme spécialisé continue de prospecter pour en trouver d'autres.
La société industrielle les a assoiffés et affamés. La nature avec une sècheresse depuis deux ans complète les difficultés à surmonter.
Les villages sont situés en bordure des mines qui s'étendent sur des hectares et progressent au fur et à mesure de l'épuisement des filons. Les habitants se retrouvent sans aucune terre cultivable, leur forêt détruite, les puits presque à sec car les mines ne sont pas comblées en fin d'utilisation et l'eau de pluie s'enfonce de plus en plus profond dans le sol.
Prise de conscience depuis une vingtaine d'années, de nombreuses ONG se préoccupent du sort des tribus et des lois de conservation ont été votées. Mais l'argent est plus fort que la justice ici.
A Ranchi ces 25 et 26 mars, 91 ONG sont représentées dans une grande réunion dont 60 personnes issues des tribus. Il s'agit de faire le point sur la situation, proposer des solutions, et agir ! La grande marche d'octobre 2012 proposée par Ekta Parishad fait partie de ce programme. Le gouvernement essaie de discréditer Ekta Parishad en les traitant de maoistes/naxalites, qui sont un groupe de revendication agissant dans la violence (attentats, bombes, attaques de la police) et qui sont d'autre part soutenus financièrement par de nombreux trusts industriels accomplissant des actions illégales.

mercredi 23 mars 2011

Le droit à l'eau

Les femmes puisant de plus en plus profond pour un accès à une eau qui n'est plus potable.
La mare toute proche sert de salle de bains, pour la vaisselle et la lessive.
Cette après-midi nous partons dans un village de tribaux situé non loin d'une grande mine de charbon à ciel ouvert. Nous allons au puits où se trouvent les femmes en train de lancer leur seau au fond du puits pour en remonter une eau plus que trouble, avec de la terre car il n'y a pratiquement plus d'eau. Les femmes autour du puits nous expliquent les problèmes que leur pose le manque d'eau.

Les enfants attrapent la dysenterie et la thyphoide, les femmes viennent faire la queue à minuit après quelques heures de repos du puits pour que l'eau puisse remonter un peu.On distingue au fond l'exploitation minière

L'industrie minière est venue s'installer tout près du village en 1981 et les habitants qui possédaient un peu de terre ont vendu à un vil prix leur 3 acres de terre avec une promesse d'emploi dans la mine. Et c'est ainsi que 40 familles ont perdu leur terre contre un emploi mais ont perdu aussi la possibilité de cultiver, et d'avoir de l'eau. La mine est épuisée maintenant, les trous auraient du être comblés par du sable ou des cendres mais corruption oblige, cela n'a pas été fait et l'eau de pluie va se perdre de plus en plus profondément dans des nappes phréatiques de plus en plus basses donc difficiles à exploiter. Quelques hommes du village exploitent pour eux quelques filons de charbon restés exploitables et font des kilomètres avec leur vélo, chargés comme des mules, pour aller revendre le charbon aux villes proches. Cela leur prend deux jours pour faire le trajet et les livraisons et ils gagnent une roupie du kilo.Entre Ramgarh et Ranchi, sur la route qui monte de l'aide pour pousser le vélo et ses 400 kilos de charbon !
Même pas de quoi nourrir leur famille. Les femmes et les enfants viennent trier dans les tas de poussière pour récupérer des morceaux pour la cuisine.

Jharkhand : forêts, tribus et pollution

Me voici au Jharkahnd avec mes deux complices et notre équipe de travailleurs sociaux, bien occupés à organiser des manifestations, défilés, stages... et visites de villages tribaux pour nous faire toucher du doigt et prendre vraiment conscience des problèmes de droits à la terre, à l'eau...
Hier matin nous sommes accueillis dans un village de la tribu des Birhor, les gens se regroupent autour de notre lit en cordes pour nous parler de leur vie. Olivier qui parle hindi sait suivre les conversations, poser les questions, et la confiance se fait tout de suite. La guérisseuse du village vient nous montrer ses plantes enveloppées dans des bouts de chiffon, là c'est pour les calculs rénaux, cette racine pour la tension, etc.La guérisseuse du village et ses plantes.
Pas besoin de médecin, ils ont tout ce qu'il faut dans la forêt proche. Le seul inconvénient c'est que les mines de charbon à ciel ouvert ici, gagnent du terrain et avancent inexorablement vers la forêt les privant de leurs ressources.
La veille nous sommes allés visiter une immense mine de charbon possédée par le trust Tata. Accompagnés par "le voisin du cousin qui a son beau-frere qui travaille là", etc, nous voici dans la mine, au bord de ce trou immense, mais personne... ah ! oui c'est Holi ! tout le monde a pris des congés pour rejoindre sa famille et jouer aux couleurs... mais aussi, il va y avoir une explosion ? c'est aussi pour ca qu'il n'y a personne ? il ne faut pas rester là ?Il ne faut pas rester la ? "Explosive women" ! Photo Olivier C.
Mais nous avons vu sur des hectares, les trous, les dégats sur la nature, les routes, les arbres, les maisons, tout est recouvert d'une couche noire.Le village avec la mine en arrière-plan (photo perso)
Et la mine dévore les terrains en laissant derrière la désolation et des terres infertiles. Et il y a aussi la bauxite, le mica, le fer, le tungstène, l'uranium... Le Jharkhand est riche en mines de toutes sortes. Mais quels dégats collatéraux... La mine à ciel ouvert qui dévore les terres...
Photos de Michèle M.

mardi 6 juillet 2010

Les Adivasi en Inde

Petite visite à LACIM (Les Amis d'un Coin de l'Inde et du Monde) toujours avec "Ram," notre Indien travailleur social, qui passe sa vie d'une part à travailler avec le gouvernement pour exiger que soit mis en place le Forest Rights Act applicable depuis janvier 2008 et d'autre part avec les peuples tribaux (Adivasi) pour les aider à revendiquer leurs droits sur ces mêmes forêts...
LACIM, située à Croizet-sur-Gand près de Roanne, propose une très belle exposition sur les peuples tribaux du Karnataka, dont les traditions, bien que différentes (ils sont dans le sud et le Jharkhand de Ram est dans le Nord) restent très proches : habitat dans la forêt, alimentation minimum faite de rats, serpents,  racines et les bons jours d'un peu de riz, peuples de cueilleurs chasseurs, et autant de problèmes pour l'éducation et l'accès à l'école avec un instituteur qui serait capable de parler leur dialecte.
Cette association veut être solidaire des plus pauvres, quelque soit leur coin du monde, pour les aider à réaliser leurs projets de développement et leur faire trouver autonomie et dignité. Des jumelages, entre villages, entre habitants, d'ici et d'ailleurs, rendent ces actions plus chaleureuses, dans un esprit de partage et d'échanges réciproques.
Une exposition, belle, extrêmement bien documentée, est proposée à tout public, de l'école maternelle au lycée, en passant par tous ceux qui veulent bien ne pas oublier qu'il y a d'autres personnes qui sur terre vivent dans des conditions qu'il est parfois difficile d'imaginer lorsqu'on n'a pas été sur place...
 pour donner une petite idée de l'expo...
C'est en revenant de mission chez ces peuples oubliés que la responsable de communication de LACIM a travaillé pour présenter cette exposition, qui est mobile, qui peut et doit circuler, dans les établissements scolaires, les centres sociaux, les médiathèques... Contacter le secrétariat de LACIM au 04.77.63.25.42. Il y a également une exposition sur le Sahel qui peut circuler de partout...
Si vous passez par Paris, profitez-en jusqu'au 18 juillet 2010, l'exposition au Musée des Arts Premiers, quai Branly, vous offre un superbe complément avec "Autres maîtres de l'Inde", créations contemporaines des Adivasi.