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vendredi 22 mars 2013

Journée mondiale de l'eau

Il me semble primordial de publier sur ce blog cet article du journal La Croix de ce jour qui nous met au coeur de nos préoccupations indiennes actuelles : le droit à l'eau potable pour tous.

Selon Gérard Payen (1), un des meilleurs spécialistes du sujet, la poursuite des efforts n’apparaît plus prioritaire.

 À quoi sert une journée mondiale de l’eau ?
 Gérard Payen : À se rendre compte des problèmes, car dans les pays développés, les questions d’accès à l’eau ne sont pas des sujets prioritaires. Il s’agit aussi d’un domaine où la compréhension des enjeux n’est pas très bonne, car il y a beaucoup d’idées reçues.
En France, par exemple, la majorité des gens pense que l’eau potable sort des stations d’épuration. Ce n’est pas le cas. On croit aussi en général que le développement de l’accès à l’eau potable est un problème de ressources en eau. C’est faux. Il y a de nombreux pays qui regorgent d’eau, mais dont une part importante de la population n’a pas d’eau potable. Tout cela conduit à une sous-estimation des problèmes.
Partout, on voit le même chiffre : 800 millions de personnes n’auraient pas accès à l’eau potable. Cette statistique de l’ONU est mal interprétée. Il s’agit en fait de gens qui partagent leur source d’eau avec des animaux, avec donc des risques importants de contamination. Mais il ne faut pas oublier tous ceux qui ont de l’eau au robinet sans qu’elle soit potable.
Au total, au moins 3,5 milliards de personnes n’ont pas un accès satisfaisant à l’eau potable en conformité avec leur droit de l’homme, soit la moitié de l’humanité.
 La situation s’améliore-t-elle ?
 G. P. : En 2000, la mise en place des Objectifs du millénaire pour le développement a créé de fortes incitations à progresser. Des progrès indéniables ont été faits. Dix ans après, un milliard de personnes de plus étaient dans la situation de ne pas partager leur eau avec des animaux.
Les objectifs du Millénaire ont aussi permis d’avoir une meilleure connaissance des enjeux et de stimuler les politiques nationales, notamment dans les pays pauvres. Mais il faudrait des programmes plus ambitieux pour satisfaire les besoins et arrêter la dégradation de l’accès à l’eau dans les villes confrontées à une urbanisation rapide.
 Est-ce d’abord une affaire de moyens ?
 G. P. : Les moyens dépendent d’abord de décisions politiques, car l’accès à l’eau potable est une question collective. Je peux choisir d’avoir ou non un téléphone mobile, mais pour disposer d’eau potable, je ne peux pas décider tout seul. J’ai besoin d’un service public. C’est pour cela qu’il y a dans plusieurs pays d’Afrique plus de gens ayant un portable que de personnes avec accès à l’eau potable.
Selon les pays en développement, les sommes dépensées pour l’eau et l’assainissement représentent entre 0,5 % et 2 % du PIB. C’est un bon indicateur des différences de priorités politiques. Pour quantifier les moyens à mettre en œuvre, il faut aussi pouvoir mesurer l’ampleur des besoins et identifier les priorités : l’accès à l’eau potable, l’accès à l’assainissement ou la gestion de la ressource. Il y a, par exemple, 1,2 milliard de personnes qui n’ont pas accès à des toilettes, dont une partie habite en ville.
 L’accès à l’eau potable reste-t-il une priorité à l’échelle mondiale ?
 G. P. : Il y a un gros point d’interrogation. Les Objectifs du millénaire s’achèveront en 2015 et les négociations ont démarré aux Nations unies sur ce qui se passera après. On parle d’Objectifs de développement durable, mais nous sommes loin d’un consensus sur leur contenu et cela part un peu dans tous les sens. Aujourd’hui, en tout cas, il y a un vrai risque que l’eau ne soit plus un objectif de développement en 2016.
Pour des raisons de mode et d’élargissement des sujets, il y a en effet beaucoup de dossiers légitimes sur la table, comme les questions de changement climatique, de maîtrise de l’urbanisation ou encore d’emploi décent. Le problème est la hiérarchisation des nombreux enjeux de développement car s’il y a trop d’objectifs, ils ne seront pas visibles, malgré des ambitions élevées.
Mon combat est que l’eau soit un objectif à part entière afin d’entraîner les progrès dont le monde a besoin en matière d’accès à l’eau potable et à des toilettes décentes ainsi que de dépollution des eaux usées.

(1) Conseiller du secrétaire général des Nations unies pour l’eau et l’assainissement, président de la Fédération internationale des opérateurs privés de services d’eau (Aquafed).
Recueillis par Jean-Claude Bourbon 
fontaine d'eau potable dans un village tribal du Jharkhand,
fournie par le gouvernement

mercredi 23 mars 2011

Le droit à l'eau

Les femmes puisant de plus en plus profond pour un accès à une eau qui n'est plus potable.
La mare toute proche sert de salle de bains, pour la vaisselle et la lessive.
Cette après-midi nous partons dans un village de tribaux situé non loin d'une grande mine de charbon à ciel ouvert. Nous allons au puits où se trouvent les femmes en train de lancer leur seau au fond du puits pour en remonter une eau plus que trouble, avec de la terre car il n'y a pratiquement plus d'eau. Les femmes autour du puits nous expliquent les problèmes que leur pose le manque d'eau.

Les enfants attrapent la dysenterie et la thyphoide, les femmes viennent faire la queue à minuit après quelques heures de repos du puits pour que l'eau puisse remonter un peu.On distingue au fond l'exploitation minière

L'industrie minière est venue s'installer tout près du village en 1981 et les habitants qui possédaient un peu de terre ont vendu à un vil prix leur 3 acres de terre avec une promesse d'emploi dans la mine. Et c'est ainsi que 40 familles ont perdu leur terre contre un emploi mais ont perdu aussi la possibilité de cultiver, et d'avoir de l'eau. La mine est épuisée maintenant, les trous auraient du être comblés par du sable ou des cendres mais corruption oblige, cela n'a pas été fait et l'eau de pluie va se perdre de plus en plus profondément dans des nappes phréatiques de plus en plus basses donc difficiles à exploiter. Quelques hommes du village exploitent pour eux quelques filons de charbon restés exploitables et font des kilomètres avec leur vélo, chargés comme des mules, pour aller revendre le charbon aux villes proches. Cela leur prend deux jours pour faire le trajet et les livraisons et ils gagnent une roupie du kilo.Entre Ramgarh et Ranchi, sur la route qui monte de l'aide pour pousser le vélo et ses 400 kilos de charbon !
Même pas de quoi nourrir leur famille. Les femmes et les enfants viennent trier dans les tas de poussière pour récupérer des morceaux pour la cuisine.

mercredi 17 mars 2010

L'Inde et l'eau potable

Dans le Times of India du 12 mars un article très préoccupant sur l'état de l'eau potable et des nappes phréatiques en Inde et tout particulièrement sur trois états, Rajasthan, Gujarat et Karnataka qui sont très affectés par la pollution de l'eau potable. Un tiers des districts indiens ont de l'eau non potable pour la boisson. En réponse à la question d'un parlementaire, le gouvernement a admis que le niveau de fer dans les nappes phréatiques dépassait la dose autorisée dans 254 districts, de même pour la fluorite dans 224 districts, le sel est au-dessus du seuil de tolérance dans 162 districts et l'arsenic a dépassé la dose limite dans 34 districts.
Le grand désert de sel au Gujarat
Le problème de la salinité de l'eau se pose de façon particulièrement cruciale au Gujarat où les marais salants sont une des richesses de cet état, mais le sel affleure de partout. La fluorite est particulièrement présente au Rajasthan, ce qui provoque le jaunissement puis le brunissement des dents et progressivement un certain "émiettement" des os, d'où des douleurs lombaires et de la colonne vertébrale chez de nombreuses personnes, même chez les jeunes. La contamination à l'arsenic est terrible car les gens ne veulent plus aller chercher l'eau loin de leurs habitations alors que les pompes près de chez eux se sont révélées contenir un taux énorme d'arsenic qui les conduit inexorablement à la mort. Et l'Etat ne sait pas quoi faire car ce sont les nappes phréatiques qui sont contaminées.
Cette situation alarmante pour la santé de tous pourrait apporter des problèmes au gouvernement actuel qui a promis d'apporter l'eau potable à toutes les habitations d'ici 2012.