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samedi 26 mars 2011

Comme un silencieux génocide ?

Hazaribag, Ramgarh, Ranchi, la route des mines...
L'Inde, 28 états, et quelques uns comportant des tribus dont pour le centre-est de l'Inde : l'Orissa, le Bihar, le Chattisgarh et le Jharkahand, ces 2 derniers états étant nouvellement créés à partir du Bihar en l'an 2000, suite à une demande spécifique des peuples tribaux.
Les peuples tribaux sont les premiers occupants de ces terres. Un mixage sociétal de peuples tribaux et non tribaux s'est produit au cours des siècles et on dénombre de nombreuses religions : animistes, jain, bouddhiste, hindouiste, musulmane, chrétienne en fonction des peuples qui s'y sont installés. Les peuples tribaux sont connus sous le nom de "Adivasis" le plus souvent utilisé (de "van vasi" le peuple de la forêt).
Le premier recensement des tribus a été fait en 1872 et on en a dénombré alors 18, regroupées en 5 classes en fonction de leur population. Actuellement on en dénombre 33 et elles représentent 27 % de la population du Jharkhand. Depuis des siècles, ces tribus sont socialement indépendantes, sont fières de leur culture et traditions et de leur mode de vie dans la nature qui les nourrit et les protège.
Alors, qu'est-ce qui vient troubler cette harmonie ? Ici au Jharkand tout a changé après le départ des Anglais dans les années 1950. On a découvert que ces tribus vivaient au-dessus de richesses considérables. Des mines de charbon, de bauxite, de cuivre, de nickel, de fer et même d'or et d'argent. 33 sortes de mines ont été dénombrées au Jharkhand, qui représentent 40 % des ressources minérales du pays. Et de grands trusts, soit gouvernementaux, soit privés se sont emparés des terres.
Des titres de propriété ? Quand on est illettré et qu'on occupe le sol depuis des siècles, qui s'en soucie ? Donc : déplacements massifs de population, rejets des tribus hors de leurs forêts afin de pouvoir creuser et exploiter ce sous-sol.
Les villages tribaux que nous visitons en ce mois de mars 2011 sont devenus pauvres parce qu'ils vivaient au-dessus de trésors, vite exploités par d'autres une fois trouvés. Et actuellement un organisme spécialisé continue de prospecter pour en trouver d'autres.
La société industrielle les a assoiffés et affamés. La nature avec une sècheresse depuis deux ans complète les difficultés à surmonter.
Les villages sont situés en bordure des mines qui s'étendent sur des hectares et progressent au fur et à mesure de l'épuisement des filons. Les habitants se retrouvent sans aucune terre cultivable, leur forêt détruite, les puits presque à sec car les mines ne sont pas comblées en fin d'utilisation et l'eau de pluie s'enfonce de plus en plus profond dans le sol.
Prise de conscience depuis une vingtaine d'années, de nombreuses ONG se préoccupent du sort des tribus et des lois de conservation ont été votées. Mais l'argent est plus fort que la justice ici.
A Ranchi ces 25 et 26 mars, 91 ONG sont représentées dans une grande réunion dont 60 personnes issues des tribus. Il s'agit de faire le point sur la situation, proposer des solutions, et agir ! La grande marche d'octobre 2012 proposée par Ekta Parishad fait partie de ce programme. Le gouvernement essaie de discréditer Ekta Parishad en les traitant de maoistes/naxalites, qui sont un groupe de revendication agissant dans la violence (attentats, bombes, attaques de la police) et qui sont d'autre part soutenus financièrement par de nombreux trusts industriels accomplissant des actions illégales.

mercredi 19 août 2009

A Terre du Ciel...

Une semaine de rencontres, dialogues, communications, partages. Questionnements, interrogations, remises en place. J'enlève d'emblée tous les qualificatifs, superlatifs... L'essentiel est d'être là, à écouter, partager dans la chaleur de l'été bressan sous les grands marronniers de la propriété, avec en fond un violoniste qui nous régale d'improvisations aux accents irlandais pour cet après-midi...
Rajagopal, le leader indien d'Ekta Parishad est là pour nous présenter le grand nouveau projet de marche en Inde pour 2012. La situation en Inde est loin de s'améliorer, même si la grande marche de Janadesh 2007 a eu des retombées positives par la redistribution de terres aux plus pauvres. Mais des plus pauvres, il y en a de plus en plus : la construction de grands barrages, l'extension des multinationales et la voracité des sociétés minières obligent les populations tribales à s'exiler loin de leurs forêts nourricières.
Le développement conséquent du réseau routier où règnent maintenant de nombreuses autoroutes à 4 voies, le développement des commerces associés, stations-services, centres commerciaux, a privé de nombreux agriculteurs de leurs terres mangées par le goudron et, associé aux dettes engendrées par l'achat des cultures OGM, cela a engendré des vagues de suicide chez les paysans.
Les nombreux petits marchands des bidonvilles ont été déplacés, il faut maintenant faire "propre", les grands jeux du Commonwealth vont avoir lieu en octobre 2010 et il faut offrir au monde une vitrine plus "correcte". Des bidonvilles sont détruits, certains doivent être réhabilités, mais il faut aussi faire de la place pour de nouveaux immeubles où ne seront certainement pas relogés ceux qui vivent sous leur bâche.
Tout le développement actuel de l'Inde va à l'encontre des grandes idées gandhiennes "il y a assez de ressources pour les besoins de tous mais pas assez pour satisfaire l'avidité de tous". Les ressources naturelles sont détruites de plus en plus rapidement. "Il ne faut pas avoir une production de masse mais une production faite par les masses", or des millions d'emplois disparaissent avec la nouvelle économie. "Chaque fois qu'un plan est fait il faut vérifier s'il est fait pour aider les plus pauvres et les plus faibles". Or tous les projets politiques, économiques vont tous à l'encontre des ces grandes idées d'amélioration de la condition humaine.
Il faut ajouter à cela une violence systémique : exploitation des pauvres à outrance, corruption, abus innombrables. La marche non-violente est un vibrant message d'espoir et de renouveau.

Nous donnons la priorité à la mort nous dit Pierre Rabhi, présent à ces rencontres et la Terre n'est plus vue comme composée d'éléments indissociables, dont font partie la générosité, l'équité et l'amour.
Des messages d'espoir toute cette semaine avec de très nombreux intervenants oeuvrant pour la paix du monde, pour la sauvegarde de la planète, pour le bien-être de l'humanité...
Il y a urgence à tous nous réveiller et agir concrètement.