jeudi 11 mars 2010

Attente

Ce pourrait être l'histoire d'une petite gare tranquille de province, dans un état de l'Inde le moins tranquille qui soit... Pas un jour dans les journaux locaux sans un attentat, une bombe, un explosif. Ici, au Jharkhand, les maoïstes emploient la manière forte pour se faire entendre du gouvernement qui fait la sourde oreille depuis des années. Mais le nombre de morts est supérieur à ceux de la guerre entre Inde et Pakistan au Cachemire.
Le Jharkhand est l'un des états indiens les plus pauvres qui soit et les plus pauvres se faisant encore grignoter le peu qu'ils ont, le droit de vivre dans la forêt par exemple, les terrains étant cédés par le gouvernement aux sociétés d'exploitation minières (charbon et bauxite). 30 % de la population de cet état sont des peuples tribaux avec pour certains un style de vie complètement primitif, souvent peuples de cueilleurs-chasseurs, utilisant encore l'arc et les flèches pour chasser le petit gibier qui les nourrira -si peu-. Pays d'actions sociales intenses à tous les niveaux pour contrebalancer les actions violentes des naxalites maoistes, camps de jeunes pour les initier aux problèmes de développement et d'écologie pour la planète, interventions de femmes volontaires pour aider les femmes enceintes à accoucher dans de meilleures conditions d'hygiène et leur apprendre à s'occuper de leur bébé, par l'allaitement par exemple ; marches pour la dignité des femmes, le droit à l'eau, l'égalite hommes-femmes...

Pour en revenir à notre gare, j'ai eu le loisir de l'observer pendant neuf heures, attendant Godot, à savoir le train New-Delhi-Calcutta, qui s'évertua tout au long de la journée à reporter son arrivée sans que je sache pourquoi. (En fait un gros problème d'inondation). Aucune information si on ne se déplace pas soi-même au bureau du Station-manager (entrée interdite) et qui après longue observation de votre billet où il est indiqué que le train doit partir de cette gare à 10 heures 22, vous dit au choix et en fonction de votre impatience, car de toute façon il n'en sait pas plus que vous, "deux heures de retard" ou "il arrive dans quinze minutes sur ce quai" sans que cela change quoi que ce soit dans l'arrivée toujours improbable de ce moyen de locomotion populaire, bon marché et qui sillonne l'Inde dans tous les sens.
J'ai donc pris mon mal en patience et j'ai vu la chaleur et le soleil rendre les quais quasiment déserts par moments. J'ai vu la tombée du jour qui fit venir des milliers d'oiseaux piailleurs à ne plus pouvoir entendre les hauts parleurs annonciateurs de tous les trains, sauf du mien. J'ai vu passer dans les deux sens des trains gigantesques traînant dans un vacarme de tremblement de terre des dizaines de wagons remplis à ras de charbon et redescendre à vide avec des hurlements stridents pour laisser encore une chance à ceux qui traînent sur les voies. J'ai vu la foule de fin de journée rentrer chez elle et attendre le train, une partie sur les quais, l'autre partie entre les deux voies (cf les hurlements de sirènes nécessaires) pour prendre d'assaut le train des deux côtés à la fois. Et d'aucuns n'hésiterait pas à passer par les fenêtres si elles n'étaient pas solidement pourvues de barreaux.
J'ai vu la dame pipi en sari bleu s'occuper toute la journée de son petit garcon handicapé mental et discuter avec les femmes comme si c'était de vieilles connaissances.
J'ai vu deux petites jeunes filles faisant leur devoir et me demander en bon anglais mon nom sans oser me demander tout de suite ce que je venais faire ici (sous-entendu dans ce trou perdu).
J'ai vu deux jolies belles-soeurs dont l'une enceinte avec sa petite fille de 14 mois, le crâne rasé (probablement une visite au temple pour son premier anniversaire) qui m'envoyait des mimis avec sa menotte, avant de partir pour l'Orissa. J'ai vu les efforts désespérés d'une jeune femme en sari orange et argent pour m'expliquer en hindi quelque chose que je ne comprendrais jamais. J'ai vu une vieille femme assise sur le pas de la porte interdire aux hommes d'entrer et remplir leur bouteille d'eau parce que c'était une salle d'attente pour ladies. Ah, mais ! il faut savoir s'accrocher à ses prérogatives.
J'ai lu le livre de Tonino Benacquista, Malavita, que je m'étais gardé pour lire dans l'avion. Et je me suis régalée.
Et puis, enfin, dans la nuit, l'oeil étincelant du cyclope du Poorva qui n'avait d'Express que le nom, annonciateur d'une banquette confortable, d'un oreiller et d'une couverture qui avec les sons troublants du violoncelle d'Anne Gastinel allaient m'envelopper quelques heures.
A presque deux heures du matin je fis une entrée presque triomphale dans Calcutta déserte en visualisant la Grande Muraille avec le concert de Jean-Michel Jarre en Chine. Choc des cultures. Et vive le MP3 redécouvert au fond de mon sac à dos !

Deva a Benares

Comme d'habitude quand je passe à Bénarès, je fais un petit tour dans cette association dont je fais partie.
Là, je suis allée voir les enfants de rickshaw à l'école de Gangotri (nom du quartier), enfants pauvres qui trouvent ici de quoi s'épanouir et trouver leur voie, accompagnés par des éducateurs dévoués et bien mal payés, ce que Deva voudrait bien changer. N'hésitez pas à faire partie de l'association ! Un parrainage de 20 euros par mois permet de payer entièrement la scolarité d'un enfant. L'atelier de peinture après celui de modelage. Et cette petite fille est très fière de nous montrer son oeuvre ! Vous pouvez également rechercher les autres articles sur Deva dans ce blog.

samedi 6 mars 2010

Les opposés

Je laisse à votre sagacité le choix des mots pour qualifier ces deux attitudes ! En regardant les photos j'ai trouvé intéressant de les rapprocher.

Jour de lessive sur les bords du Gange

Jour de lessive... les dhobis, blanchisseurs indiens sont à la tâche et lavent tout le linge que les hôtels ou les familles leur donnent, depuis les draps et les serviettes, jusqu'aux beaux saris brodés. Ils lavent sur de grands pierres plates disposées le long du fleuve et tapent le linge avec force, ce qui fait que souvent les boutons de chemise ne résistent guère après quelques semaines de ce traitement.Le linge est étalé partout où c'est possible, sur les marches, les contreforts, les talus... il est bien évident qu'il ne faut pas s'attendre ensuite à retrouver son drap éclatant de propreté, même séché au soleil. Les particuliers viennent aussi faire leur petite lessive, et prennent le temps de tendre leurs draps pour qu'ils sèchent plus vite, ce qui est fait en quelques minutes entre le vent du fleuve et la chaleur de ce début de mars.

Rencontres à Bénarès

Tout est possible en Inde, c'est le fameux slogan utilisé par l'Office du tourisme : "Incredible India !" et il y a de la place pour tout le monde, même si parfois il faut se serrer contre les murs pour laisser le passage à une grosse bête à cornes, sans vouloir surtout jouer les matadors.
On y rencontre toutes sortes de gens, des sadhus en quantité bien sûr et des drôles de guru comme ce Babaji hier soir avec ses centaines de malas, colliers divers, (peut-être en avait-il 108 chiffre sacré ?) et fausse peau de bête enroulée autour de la taille, le corps blanchi de cendres ; En tout cas il y avait de l'ambiance pour sa puja devant le Gange, hauts-parleurs à fond alors que quelques mètres plus bas, un brasier funéraire profitait de la cadence...

D'autres sont plus discrets et passeraient presque pour morts, alors qu'ils terminent leur nuit tranquillement sous les couvertures... Quand c'est sur le toit de leur terrasse, cela fait moins d'impression !

Les couleurs de Bénarès

Vue d'en haut, Bénarès semble une ville assez terne et grise, mais lorsqu'on marche tout au long des escaliers, une multitude de couleurs s'offre aux yeux ébahis de tant de contrastes lumineux et parfois osés... Tout est prétexte à la couleur, les murs des maisons,

comme les marches d'escaliers qu'escaldent des vaches audacieuses et sportives, en quête d'un bout de verdure ou du moindre bouton de fleurs à déguster, ces fleurs qui éclatent sur l'étal du marchand, accompagnées de tissus brodés pour faire les offrandes.

Promenade sur les ghâts de Bénarès

Dès l'aube les bateliers proposent aux touristes des barques pour descendre le long du fleuve.
Deux heures plus tard, c'est la foule et le charme est différent.
C'est le matin de bonne heure avant le lever du soleil qu'il est agréable de découvrir la vie de Bénarès, celle qui se passe le long des berges du Gange, sur les ghâts, ces escaliers qui mènent au fleuve. Promenade longue de plusieurs kilomètres elle offre une diversité de couleurs, de sons, d'activités qui fait qu'on peut y passer sa journée à regarder, bavarder, chanter, marcher...
Arrivée au premier lieu de crémation, un homme dont la famille détient "le feu éternel" pour allumer les brasiers, explique les rituels, le brasier au plus près du fleuve est pour les plus riches, celui oû trône les chiens sur la seconde image est réservé aux brahmanes et les plus pauvres se contentent du crematorium électrique derrière, mais les traditions millénaires ne seront pas respectées. Il faut 360 kg de bois pour brûler un corps et s'il n'est pas complèment consummé, les restes sont jetés au Gange et les poissons en feront leur affaire. Ce sont des familles d'intouchables qui sont chargées de ce travail funéraire et ce matin, ils trient les cendres pour récupérer des restes de bijoux.
Et quand la chaleur commence à monter il est facile de grimper, toujours plus haut, à travers les ruelles de la vieille ville, et de découvrir des paysages uniques...