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mercredi 13 novembre 2013

Nous avons voulu voir Mysore…


Après notre séjour campagnard à Hampi nous retournons à Bangalore pour deux nuits. Le bruit, la pollution font que nous décidons de partir une journée à la découverte de Mysore à 150 km de là. A notre arrivée à la gare de Bangalore, nous réservons nos billets pour le lendemain matin à 6 h 30, dans le même train que nous venons de quitter, une façon de terminer la voie puisque Mysore est le terminus.
Le lendemain, nous partons de l’hôtel à 6 h, trouvons un rickshaw véloce et en dix minutes nous sommes à la gare. Le train est affiché à l’heure voie 6 et nous y allons tranquillement. Passe 6 h 30 pas de train mais à une demi-heure près c’est normal. A 7 h, sur le quai 5 un train part pour Mysore et nous demandons au contrôleur de pouvoir monter. Pas question, notre réservation est sur le Hampi express, et il a un peu de retard mais va bientôt arriver. A 7 h 30 un train se présente sur le quai 6 à destination de Mysore mais pas de wagon qui correspond à notre réservation. Ceci est un train « passagers » nous explique le contrôleur, sans réservation, et vous n’avez donc pas le droit d’y monter. Votre train doit arriver d’ici une demi-heure. A 8 h toujours pas de train, mais il doit arriver vers 9 h nous dit le responsable du quai. Mais cela commence à faire trop tard pour faire l’aller-retour dans la journée et profiter de la ville. A 8 h 30 je me présente au guichet pour faire l’annulation de l’aller et du retour. Je suis dans la queue, après avoir vérifié que je suis bien au bon guichet. Un monsieur me demande si j’ai rempli la fiche… mais je veux juste annuler ! Ah ! Mais pour réserver comme pour annuler il faut remplir une fiche. Et c’est reparti pour la page d’écriture, avec numéro du train, son nom, villes d’arrivée et de départ, mon nom, mon adresse et mon numéro de téléphone, la classe choisie. Et il faut faire ça pour l’aller et pour le retour ? Et bien allons-y… Ca commence à chauffer dans ma cafetière et mon voisin dans la queue avec son point rouge sur le front qui me montre qu’il est hindou et qu’il a bien fait ses prières matinales en profite pour me donner une leçon de sagesse toute bouddhiste. Profitez du temps présent, vous ne pouvez rien changer… Respire un grand coup, tu as raison !

Le billet du retour est annulé sans problème mais cela nous coûte quand même 190 roupies pour les frais d’annulation. Pour le billet aller, le guichetier commence par me dire : mais votre train de 6 h 30 est parti depuis longtemps ! Ah bon ! Mais pourquoi est-il toujours affiché pour le quai 6 alors ? Après demande de confirmation au chef de gare par téléphone, il reconnaît que le train est toujours en retard mais qu’il va arriver. Il ne peut rien faire, il faut aller voir le bureau « May I help you ? » « Puis-je vous aider ? » La dame est fort gentille mais me dit qu’elle ne peut rien faire pour moi. Bon, à quoi sert-elle celle-ci sinon à faire de la figuration ? Je retourne au guichet, mon billet aller passe d’un guichet à l’autre, je le suis des yeux comme pour une partie de tennis, un coup d’un côté, un coup de l’autre, surtout ne pas le perdre de vue, je veux me faire rembourser, même un petit peu… Et oui, c’est trop tard pour nous Monsieur, nous aurions dû, à cette heure, être déjà à Mysore… Mais il va arriver votre train. Devant ma détermination, il est 9 h 10, il me demande si je veux être remboursée à 50 % ou si j’attends 9 h 30 et s’il n’est toujours pas arrivé, je serai remboursée à 100 %, le tarif après trois heures effectives de retard. Avec Michèle nous choisissons d’attendre, au point où nous en sommes… A 9 h 20 nous entendons la voie dans les haut-parleurs : le train Hampi Express va arriver voie 6… Oh, non, à dix minutes près ! Mais les aiguilles tournent et à 9 h 30 le guichetier me fait signe après avoir consulté le chef de bureau. Signez-là, me dit-il en me présentant sous la vitre un gros registre. Et je vois le coût total de mon billet qui nous est rendu… Quelle aventure ! A 9 h 45 le Hampi Express était encore annoncé mais nous étions parties pour découvrir le « city market » dans le centre de Bangalore.
Dans la gare, un joli bouquet de jeunes filles en sortie scolaire.
Photo : Michèle Morel


dimanche 26 mai 2013

Ecriture dans la gare de Bilbao



 La découverte d'une ville à travers l'écriture est toujours une belle surprise ! Se poser dans un lieu, que ce soit un musée, une station de ski, une usine à papier permet à l'imaginaire de vagabonder mais aussi d'appréhender les lieux d'une autre manière. Nous écrivons ici à l'intérieur de la gare de Bilbao et nous avons comme invitation d'écriture à concevoir un petit récit pendant 30 minutes avec comme seule condition celle de mettre la phrase : « finalement, sa décision était prise ».
Chacun a donc parcouru la gare pour se trouver un petit coin au chaud car même en cette fin de mois de mai dans le Pays Basque espagnol, il faisait frisquet. Certains se sont précipités au café, d'autres sont restés dans les courants d'air... Sans aucune idée de ce que j'allais écrire, je me suis installée dans une petite salle d'attente déserte et fermée, bien tranquille et j'ai regardé autour de moi. J'ai vu une femme derrière son guichet, et cela a donné ce texte...
Récit écrit dans la gare de Bilbao

CHANGEMENT DE VOIE

Elle avait laissé les enfants chez la nounou à toute allure puis elle avait sauté dans le tram en oubliant de valider sa carte car le tram était là glissant doucement sur les rails au milieu de l’herbe verte. Elle s’arrêta après le théâtre, remonta le quai, passa le pont et se dépêcha dans les escaliers qui arrivaient au niveau de la gare.
Elle n’était pas entrée dans le grand hall de la gare qu’elle percevait déjà le téléphone sonner. Sa chef, qui devait probablement l’appeler pour vérifier sa présence. Elle entra dans le bureau et sauta sur le combiné pour effectivement lui dire bonjour d’un ton tranquille comme si cela faisait un quart d’heure qu’elle était là.
Les trois notes « Ding, deng, dong » qui avertissaient les voyageurs d’un prochain message et elle entendait sa chef qui lui demandait si elle était à la relève.
Elle enfila son uniforme et fila dans sa boîte en verre, vérifia son micro, fit un clin d’œil à sa collègue pour lui signifier qu’elle prenait la suite et regarda les prochains départs sur l’ordinateur.
« Le train à destination d’Orduna, départ 20 h, va entrer en gare voie 2. »

Et voilà, encore des gens qui partaient à la campagne ou à la mer, en vacances ou au travail. Mais à 20 heures, on ne partait pas au travail, elle, si. Elle commençait à en avoir assez de ces horaires décalés maintenant que les filles étaient plus grandes et qu’elle avait envie de passer les soirées avec elles.

Elle vérifia si le numéro du quai était bien affiché sur le grand tableau lumineux, regarda les prochains départs, tapota les numéros des trains et leur destination, demanda au poste de contrôle pour avoir le numéro des voies. Elle appuya sur la touche « Entrée ».
« S’il vous plaît, éloignez-vous de la bordure du quai, le train venant de Madrid va arriver voie 3. »

Et voilà, tous les soirs, c’était pareil, les trains partaient, les autres arrivaient et elle, restait là. Les voyageurs avec leur valise à roulettes, leur sac à dos, leur baluchon, montaient dans les trains, en descendaient, et elle, restait là. Les aiguilles de la grande horloge tournaient, des gens couraient, d’autres cherchaient celui ou celle qui étaient venus les attendre. Et elle, restait là, seule avec ses filles, avec ce clavier d’ordinateur, ce micro et sa voix mélodieuse qui annonçait les prochains départs, les arrivées à l’heure ou avec du retard. Et en plus, avec cet horaire elle ne pouvait même plus aller à la chorale…
Elle regarda sa montre. Elle en avait encore des trains à annoncer ! Elle avait envie de… Et finalement sa décision était prise : demain, elle ferait  sa demande pour passer en horaire du matin.

jeudi 11 mars 2010

Attente

Ce pourrait être l'histoire d'une petite gare tranquille de province, dans un état de l'Inde le moins tranquille qui soit... Pas un jour dans les journaux locaux sans un attentat, une bombe, un explosif. Ici, au Jharkhand, les maoïstes emploient la manière forte pour se faire entendre du gouvernement qui fait la sourde oreille depuis des années. Mais le nombre de morts est supérieur à ceux de la guerre entre Inde et Pakistan au Cachemire.
Le Jharkhand est l'un des états indiens les plus pauvres qui soit et les plus pauvres se faisant encore grignoter le peu qu'ils ont, le droit de vivre dans la forêt par exemple, les terrains étant cédés par le gouvernement aux sociétés d'exploitation minières (charbon et bauxite). 30 % de la population de cet état sont des peuples tribaux avec pour certains un style de vie complètement primitif, souvent peuples de cueilleurs-chasseurs, utilisant encore l'arc et les flèches pour chasser le petit gibier qui les nourrira -si peu-. Pays d'actions sociales intenses à tous les niveaux pour contrebalancer les actions violentes des naxalites maoistes, camps de jeunes pour les initier aux problèmes de développement et d'écologie pour la planète, interventions de femmes volontaires pour aider les femmes enceintes à accoucher dans de meilleures conditions d'hygiène et leur apprendre à s'occuper de leur bébé, par l'allaitement par exemple ; marches pour la dignité des femmes, le droit à l'eau, l'égalite hommes-femmes...

Pour en revenir à notre gare, j'ai eu le loisir de l'observer pendant neuf heures, attendant Godot, à savoir le train New-Delhi-Calcutta, qui s'évertua tout au long de la journée à reporter son arrivée sans que je sache pourquoi. (En fait un gros problème d'inondation). Aucune information si on ne se déplace pas soi-même au bureau du Station-manager (entrée interdite) et qui après longue observation de votre billet où il est indiqué que le train doit partir de cette gare à 10 heures 22, vous dit au choix et en fonction de votre impatience, car de toute façon il n'en sait pas plus que vous, "deux heures de retard" ou "il arrive dans quinze minutes sur ce quai" sans que cela change quoi que ce soit dans l'arrivée toujours improbable de ce moyen de locomotion populaire, bon marché et qui sillonne l'Inde dans tous les sens.
J'ai donc pris mon mal en patience et j'ai vu la chaleur et le soleil rendre les quais quasiment déserts par moments. J'ai vu la tombée du jour qui fit venir des milliers d'oiseaux piailleurs à ne plus pouvoir entendre les hauts parleurs annonciateurs de tous les trains, sauf du mien. J'ai vu passer dans les deux sens des trains gigantesques traînant dans un vacarme de tremblement de terre des dizaines de wagons remplis à ras de charbon et redescendre à vide avec des hurlements stridents pour laisser encore une chance à ceux qui traînent sur les voies. J'ai vu la foule de fin de journée rentrer chez elle et attendre le train, une partie sur les quais, l'autre partie entre les deux voies (cf les hurlements de sirènes nécessaires) pour prendre d'assaut le train des deux côtés à la fois. Et d'aucuns n'hésiterait pas à passer par les fenêtres si elles n'étaient pas solidement pourvues de barreaux.
J'ai vu la dame pipi en sari bleu s'occuper toute la journée de son petit garcon handicapé mental et discuter avec les femmes comme si c'était de vieilles connaissances.
J'ai vu deux petites jeunes filles faisant leur devoir et me demander en bon anglais mon nom sans oser me demander tout de suite ce que je venais faire ici (sous-entendu dans ce trou perdu).
J'ai vu deux jolies belles-soeurs dont l'une enceinte avec sa petite fille de 14 mois, le crâne rasé (probablement une visite au temple pour son premier anniversaire) qui m'envoyait des mimis avec sa menotte, avant de partir pour l'Orissa. J'ai vu les efforts désespérés d'une jeune femme en sari orange et argent pour m'expliquer en hindi quelque chose que je ne comprendrais jamais. J'ai vu une vieille femme assise sur le pas de la porte interdire aux hommes d'entrer et remplir leur bouteille d'eau parce que c'était une salle d'attente pour ladies. Ah, mais ! il faut savoir s'accrocher à ses prérogatives.
J'ai lu le livre de Tonino Benacquista, Malavita, que je m'étais gardé pour lire dans l'avion. Et je me suis régalée.
Et puis, enfin, dans la nuit, l'oeil étincelant du cyclope du Poorva qui n'avait d'Express que le nom, annonciateur d'une banquette confortable, d'un oreiller et d'une couverture qui avec les sons troublants du violoncelle d'Anne Gastinel allaient m'envelopper quelques heures.
A presque deux heures du matin je fis une entrée presque triomphale dans Calcutta déserte en visualisant la Grande Muraille avec le concert de Jean-Michel Jarre en Chine. Choc des cultures. Et vive le MP3 redécouvert au fond de mon sac à dos !